
Née en 1897, Jeanne Lafaurie se marie avec Albert Loppin de Gemeaux en 1921. Ils auront deux enfants, Germaine en 1922 et Charles en 1925.
La commune de Gemeaux se trouve en Côte d'Or à 19 km au nord de Dijon.
En janvier 1282 Guillaume de Grancey reçoit en fief du duc de Bourgogne Robert II la ville de Gemeaux avec droit d'y construire une forteresse.
Assiégée et ravagée à diverses reprises, il ne subsite de la forteresse médiévale que la tour de la prison. En 1682, Jean Mochot, trésorier de France, la rachète au marquis de Vitteaux. Il se fait construire au bas du village une nouvelle demeure que son fils Jacques vend en 1711 à Jean-Claude Loppin, Conseiller au Parlement. De 1740 à 1749, Charles Catherine Loppin, son fils, l'agrandit et l'embellit et en aménage les jardins.

Le château de Gemeaux a servi de Kommandantur aux allemands pendant la deuxième guerre mondiale. Sentant la fin des hostilités, les allemands le quittèrent en emportant avec eux meubles et tableaux. Il se raconte que Jeanne Lafaurie fit intervenir ses relations pour récupérer le butin confisqué. C’est ainsi que le convoi fut intercepté en Alsace et que meubles et tableaux réintégrèrent le château. Cette anecdote laisse à penser que Jeanne Lafaurie habillait des femmes d’officiers allemands du haut de la hiérarchie. Témoin de cet épisode subsiste encore un secrétaire qui porte un numéro apposé par les allemands lors du « déménagement ».
Si Albert résidait tout l’été au château de Gemeaux, Jeanne n’y était en villégiature qu’autour du 15 août quand avec Albert elle recevait enfants et petits enfants. Germaine et Charles occupaient alors avec leur famille respective chacun une aile du château. Jeanne était en position centrale dans une chambre au premier étage avec balcon tandis qu’Albert au même étage occupait une chambre contigüe.
Le confort était plus que rudimentaire : pas d’eau courante. Il fallait puiser l’eau du puits. S’en chargeait la gardienne du château aidée pour la circonstance de saisonnières.
Peu satisfaite de ces conditions spartiates, Jeanne avait redécoré sa chambre lui apportant son style. En outre elle avait fait installer un lavabo au rez-de-chaussée.
Pour les petits-enfants, ces vacances étaient l’occasion de jeux et parties de cache-cache. Parmi cette basse classe, seule Christine, fille de Charles, semblait intéressée par l’histoire de la famille Loppin de Gemeaux. Albert son grand-père (qu’elle appelait Papounet) se faisait un plaisir de lui narrer la saga de la noblesse familiale en se servant des personnages peints et encadrés dans le salon. La même Christine garde un souvenir gustatif de ses séjours : lui reste sur les papilles le pain d’épice de Dijon arrosé de jus de cassis.

Pendant toutes ces années, l’état du château se détériore faute d’entretien.
En 1969, après le décès d’Albert enterré à Gemeaux, Germaine et Roger Gourbaud désirent se porter acquéreurs du château. Charles, de son côté, ne manifeste pas d’intérêt à ces pierres antiques, son regard, dit-il, est porté vers l’avenir.
Hélas, ce projet d’achat avorte lorsque la même année Roger Gourbaud décède à son tour.
C’est un industriel allemand, Dieter Grünig, résidant en Suisse qui va le racheter. Celui-ci guettait l’occasion d’investir sur des vignes. Quand il s’aperçut que les vignobles attenant au château avait perdu leur appellation, il se désintéressa du château et se mit même à le désosser. Des boiseries murales, des pavements en pierre de Bourgogne en firent les frais. Son forfait accompli, il mit en vente le château.
Il devint alors la propriété du couple Piazza, elle native de Gemeaux et lui un maçon d’origine italienne. Ce dernier s’était fait connaître en retapant plusieurs maisons du village que la ruine menaçait. Le travail accompli par ce maçon a redonné son lustre tant extérieur qu’intérieur au château passablement délabré.

Fille unique Jeanne, née en 1897, a pour parents Octave Lafaurie (1857-1942) et Jeanne née Dauduit (1873-1942) qui se marient en 1896. Octave a pour profession graveur de boutons. Ils résident 27 rue Malar à Paris et ils ont une maison de campagne à Eragny sur Oise.
Jeanne avait une affection particulière pour son père, moins pour sa mère dont elle apprendra plus tard les infidélités.

Marie-Louise Pinet des Ecots (1862-1937) se marie avec Charles Albert Loppin de Gemeaux (1856-1919) le 27 janvier 1885. Ils auront pour enfants Germaine née en 1887, religieuse, Yvonne née en 1890 qui se marie avec le colonel Pierre de Champs du Creuset en 1912, Albert né en 1886 qui épousera Jeanne Lafaurie en 1921. Marie-Louise est une femme svelte d'une beauté classique, réservée et très à cheval sur des principes acquis, comme toute fille de bonne famille, grâce à une éducation religieuse stricte. C'est peu dire qu'elle voit d'un mauvais oeil le mariage de son fils avec une "roturière".

Albert, sur la photo avec sa petite-fille Christine, fait ses études à l'Ecole Centrale à Paris. Il se marie avec Jeanne Lafaurie le 16 août 1921 à Paris.
Il fera un séjour d'une dizaine d'années (1935-1945) en Syrie. Il était ingénieur à Alep pour la Compagnie Belge d'Electricité. Il y a construit un barrage hydroélectrique et le métro d'Alep. Il était consul de France à Alep, une rue porte son nom. Représentant Pétain, il a été démis à la fin de la guerre.
Voici ce qu'en dit Christine : Mon grand-père Papounet m'a expressément demandé de lui écrire sur les enveloppes Baron de Gemeaux. Il a été proche des Croix de Feu dans l'entre deux guerres et portait une cravate noire tous les 4 août, jour de l'abolition des privilèges de la noblesse en 1789.

Marie-Germaine naît en 1922. Elle épousera Roger Gourbaud en 1948. Il auront deux enfants Bernard en 1949 et François en 1952.
Charles, né en 1925, épousera Michèle Juster. Ils auront deux enfants Patrick en 1947 qui décède quelques jours après sa naissance et Christine en 1951.

Albert l’héritier, gardien de la longue lignée de noblesse familiale, un scientifique cartésien. Jeanne l’artiste fantasque, imprévisible, entreprenante et créative. Il est de onze ans son aîné.
On peut parler de l’attirance des contraires. Dans la famille, on parle d’un véritable coup de foudre. La rencontre a lieu lors d’un bal du 14 juillet !
Il est à penser que le couple reste uni après la naissance de leurs deux enfants, Germaine (1922) et Charles (1925). Ils résident alors au 10 rue Richelieu dans un appartement au dessus de la maison de couture. Charles est envoyé en pension très tôt à l’âge de quatre ans chez les Oratoriens de Pontoise où il y restera une dizaine d’années.
Au départ d’Albert en Syrie (1935), les temps changent. Jeanne, dit-on, mène grand train et collectionne les amants. Elle a sa garçonnière avenue Rapp. Il se dit aussi qu’Albert de son côté a eu quelques « aventures ».
A son retour (1945), un équilibre est trouvé. Albert qui réside rue Georges Delavenne (rebaptisée rue Joseph Granier) reçoit avec Jeanne le jeudi enfants et plus tard petits-enfants. De son côté, Jeanne est en couple non officiel avec M. Marchand, imprimeur et ex mari de Paulette, la célèbre modiste.
Donc pas question de divorce mais des retrouvailles occasionnelles en famille chez Albert à Paris et chaque été au château de Gemeaux.
D’après des témoignages familiaux, Albert a aimé Jeanne toute sa vie malgré ses infidélités. Jeanne sur la fin de sa vie a témoigné de sa volonté d’être enterrée à Gemeaux près de son mari en souvenir de cet amour et de sa décision de l’épouser.

Loin de la ruche de sa maison de couture et des festivités parisiennes, Jeanne aimait se délasser et skier dans les Alpes.
Elle avait ses habitudes dans un grand chalet-hôtel baptisé La Gélinotte rattaché à la commune de Crest-Voland en Savoie, non loin du col des Saisies. Sur cette photo elle pose avec ses enfants Charles et Germaine. Entre amis et clientèle d'habitués, on devine que l'atmosphère devait y être festive.

C'était une artiste, une femme fantasque mais solide et persévérante, une femme libre, menant parfois grand train avec des amants dans le genre de Gabrielle Chanel.
On la voit ici avec son chien Taquin qu'elle fera défiler, tenu en laisse par un mannequin.
Mam (c'est ainsi que l'appelait sa petite-fille Christine) n'était pas une beauté classique mais une femme exceptionnelle, très attirante, romanesque, comme on n'en rencontre pas beaucoup dans une vie. On comprend pourquoi Albert a été attiré par Jeanne qui était tout l'inverse de sa mère Marie-Louise : beauté classique, élevée sans doute au couvent, très contrôlée dans ses actes et ses paroles, mariée sans coup de foudre, cloîtrée au château sans distractions.
Jeanne avait un goût prononcé pour la couleur, s'habillant pour ses pulls de jolies couleurs pastels : jaune clair, vert amande ou bleu ciel, et souvent des twin-sets en belle laine sur des jupes droites. Jamais de noir ou de gris jugés trop vieille dame.

Ce site est le fait d'une collaboration de Christine Loppin de Gemeaux, d'André Lafaurie et de Alain Lafaurie. Quel est le lien de parenté de ces trois personnes avec Jeanne Lafaurie?
Pour Christine, facile, elle est sa petite-fille mais pour les deux autres? Il va falloir remonter son arbre côté paternel. Octave, son père, est le fils d'Etienne Lafaurie. Ledit Etienne avait un demi-frère Henri Lafaurie. Henri est le grand-père d'André et l'arrière grand-père d'Alain. Vous êtes perdus? Consultez ci-dessous des extraits d'arbre généalogique.
Arrêtons-nous un instant sur Henri Lafaurie, un personnage remarquable qui tout comme Jeanne est parti de pas grand chose pour devenir un industriel accompli, un inventeur et un patriarche au fort caractère. Sa riche histoire est décrite dans le site suivant : https://lormegrenier.fr
Sous la direction d'Alexandre Samson, Christine Loppin de Gemeaux, André Lafaurie, Alain Lafaurie, Catherine Lafaurie et ses filles Mélanie et Florine, Martine Mounier et Léonard Granado ont assisté le 20 avril 2023 aux Réserves du Palais Galliera à une présentation de quelques robes de Jeanne Lafaurie.

Christine, la petite-fille de Jeanne se souvient. Elle a huit ans et depuis le divorce de son père vit avec sa mère dans un appartement de Montmartre. Tous les jeudis, jour où il n'y a pas école, elle va déjeuner chez Mam (Jeanne Lafaurie) et Papounet au 1 rue Joseph Granier dans un immeuble situé à mi-chemin de l'Ecole Militaire et des Invalides. L'appartement est décoré avec goût, une sonnette placée sous la table de la salle à manger permet d'appeler la bonne, Madeleine. Ce 8 janvier 1959, après le repas, Christine entend, affolée, des coups de canon qui font vibrer les vitres de l'appartement. En effet, 21 coups de canon seront tirés des Invalides pour la cérémonie d'investiture en tant que Président de la République de Charles De Gaulle.
L'après-midi Jeanne l'emmène dans sa Simca Aronde coupée au 52 rue Faubourg Saint Honoré, siège de sa maison de couture. Elle se souvient être dans un coin du côté de la manutention où elle dessine des robes et, les jours de défilé, elle aide à l'habillage des mannequins en leur fournissant les accessoires (gants, sacs...).